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Le Premier Consul,

Thomas Phillips (1770-1845), 1802.

Huile sur toile, 42 x 35 cm.

Bayonne, Musée Bonnat.

Réalisé en 1802, durant la paix d’Amiens, par l’artiste anglais Thomas Phillips, à la demande de Lord Erskine (qui avait ses entrées à la Malmaison grâce à Joséphine), le tableau, inachevé, représente Napoléon Bonaparte (1769-1821), âgé de 33 ans, en habit rouge de Consul, cravate noire nouée autour du col, l’année où le Sénat le proclamait Premier Consul à vie, après que les Français eurent été consultés par plébiscite (la question était : "Napoléon Bonaparte sera-t-il Consul à vie ?", le résultat fut de 3 568 885 "oui" contre 8374 "non").

Napoléon avait exceptionnellement accepté, probablement convaincu par Joséphine, de poser pour Phillips, ce qui était très rare et posait d’ailleurs problème aux peintres d’alors ! 

Loin des portraits officiels, idéalisés et stéréotypés, en vogue sous le Consulat puis l’Empire, celui-ci est d’un réalisme surprenant et donne l’impression d’être vraiment pris sur le vif ; à le voir, on ne doute pas que le futur Empereur ressemblait vraiment à cela.

Contrairement à l’image habituelle du héros plein d’assurance et au calme olympien, la pose n’est pas recherchée mais naturelle, le sujet détourne le regard ce qui n’empêche pas le spectateur de percevoir l’ambition et l’énergie derrière ce visage un peu pâle, aux yeux tristes ou songeurs et aux lèvres légèrement pincées.

Napoléon était très exigeant quant à la façon dont on le représentait, on peut citer pour exemple Dupré (1748-1833), Graveur Général de la Monnaie, qui fut renvoyé sous prétexte qu’il avait représenté le Premier Consul trop maigre sur une médaille !

Il faudra attendre des peintres comme Paul Delaroche (1797-1856), Meissonier (1815-1891) ou James Sant (1820-1916) pour avoir des images plus humaines, plus réelles, de l’Empereur, le problème est que ce dernier était déjà mort depuis longtemps !

L’intérêt du tableau ici présenté tient en cela : comme il s’agissait d’une commande particulière, il n’avait pas à être approuvé par Napoléon, l’artiste était du coup libre de peindre, du vivant de son modèle, ce portrait audacieux et crédible, débarrassé du conformisme du néo-classique qui prévalait alors.

Si vous êtes de passage à Bayonne un jour…

D.