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Portrait du général Pierre Jacques Etienne Cambronne (1770 – 1842),

Carrière (dessinateur actif au XIXe siècle), 1815.

Pastel sur papier, 29 x 21 cm.

Paris, Hôtel des Invalides, Musée de l’armée.

Mes lecteurs les plus attentifs s’en souviendront peut-être, le premier article publié sur ce blog (du dimanche 10 décembre 2006, pour être plus précis), s’intitulait : "Cambronne a-t-il oui ou non dit "Merde !" aux Anglais à Waterloo ?", j’y apportais des éléments de réponse sans pour autant, bien sûr, faire toute la lumière sur cette question, à moins de voyager dans le temps et de revenir à ce fameux 18 juin 1815 (je suis volontaire, au demeurant), on ne le pourra sûrement jamais…

Mais je continue à glaner des renseignements (article posté ne veut pas dire "affaire classée" !) qui, laissées à l’appréciation de tous, permettent à chacun de se faire sa propre opinion…

Or donc, dans le numéro hors-série de Napoléon 1er : Le magazine du Consulat et de l’Empire (sans faire de pub…) consacré à la bataille de Waterloo, j’ai relevé plusieurs informations intéressantes et qui méritent d’être ici rapportées, l’une d’elles ne manque d’ailleurs pas de piquant !

Récapitulons brièvement.

Dimanche 18 juin 1815, l’Empereur Napoléon livre bataille aux Anglais, retranchés sur le plateau du Mont-Saint-Jean, quelques kilomètres en avant du village de Waterloo et, une fois la forêt de Soignes traversées, de Bruxelles. Vers 19 heures, alors que les Prussiens du feld-maréchal Blücher commencent à peser sérieusement sur sa droite, Napoléon décide de tenter une dernière fois de briser le centre anglais et fait donner la Garde. La Moyenne pour la première vague, la Vieille devant suivre. Mais la Moyenne Garde se fait écharper et recule. L’armée impériale se débande alors au cri de "La Garde recule !". Pour couvrir la débâcle, les bataillons de la Vieille Garde forment le carré. Parmi eux, celui du général Pierre Jacques Etienne Cambronne, le 2e bataillon du 1er chasseurs à pied de la Garde. Le carré est bientôt cerné par l’ennemi. Un officier supérieur anglais, le colonel Halkett, le général Colville ou Hill, selon les versions, les somme de se rendre. Là, Cambronne est sensé avoir répondu deux fois "La Garde meurt, mais ne se rend pas !", c’est la phrase, puis finalement "Merde !", c’est le mot, peu après, une balle l’atteint au visage et lui fait perdre connaissance, tandis que le carré se transforme en triangle puis se dissout.

Au sujet de la phrase "La Garde meurt, mais ne se rend pas !", Jacques Logie (l’auteur du hors-série, donc) écrit qu’elle "est due très probablement à la plume d’un journaliste, Rougemont, qui dès le 24 juin 1815, la publiait dans le "Journal Général de la France". À cette date, aucun officier ou soldat de la Garde n’était encore revenu à Paris où seuls quelques généraux de l’état-major impérial avaient apporté la nouvelle du désastre."

Cependant, nous apprenons que Cambronne reconnaîtra plus tard avoir dit une phrase certes moins bien tournée (difficile de faire de la grande prose au cœur d’une bataille…) mais dans le même registre : "Je n’ai pas dit cela [La Garde meurt…], j’ai seulement dit des bougres comme nous ne se rendent jamais."

On se souvient que les enfants du général Michel (à la tête du 1er bataillon du 3ème chasseurs de la Garde, durant la bataille de Waterloo) avaient revendiqués la phrase à présent dans les pages roses du dictionnaire comme étant de leur père ; le récit de l’aide de camp de Michel rapporte cependant que Michel fut tué lors de l’attaque de la Garde (soit avant que la Garde ne recule et se mette en carrés) : "Le général Michel tomba de cheval en s’écriant : "Ah mon Dieu, j’ai encore le bras cassé !" Je me précipitai à terre et déboutonnai son frac pour découvrir sa blessure. Mon général était mort ; une balle reçue au dessus du sein gauche lui avait traversé le corps."

Donc, la phrase est bien de Cambronne, puisque l’aide de camp de Michel nous apporte la preuve que son malheureux général n’en est pas l’auteur.

Passons au plus intéressant, à savoir le célèbre "Merde !".

Le général Bachelu, qui commandait la 5e division d’infanterie du 2e corps d’armée du général Reille, questionna, dans les années 1830, son ami Cambronne sur le mot aux Anglais, la réponse est assez plaisante : "Comment ? Toi aussi ! Ah non, en voilà assez, cela devient emmerdant !"

Bachelu précise en outre : "Le mot était si naturel en pareil cas, que ce jour là, Cambronne dut le dire cinq fois, six fois… comme moi d’ailleurs."

Quid, donc, de la phrase et du mot de Cambronne ?

Nous pouvons être sûr de la phrase, puisque Cambronne la confirme (dans une version un peu moins littéraire certes, mais tout aussi belle et poignante), quant au mot… il reste vraisemblable qu’il l’a dit (voir l’article du 10 décembre 2006…). Je n’aurais, personnellement, pas trouvé mieux à crier à ces sacrés Anglais, non mais !

D.